FMH, organisation professionnelle
 

Perspectives en santé publique

La santé publique étudie la santé de la population, offrant ainsi d’autres points de vue qui dépassent le cadre de la médecine clinique, centrée sur les individus. La prise en compte de ces deux aspects permet des avancées.
Carlos Quinto

Carlos Quinto​​​​​​​
Dr méd., membre du Comité central de la FMH, spécialiste en médecine interne générale

La particularité de la santé publique est que même des petits effets peuvent rapidement déployer leur impact, car ils ne touchent pas qu’une seule personne, mais des populations entières et, par la même occasion, également une grande partie du corps médical. C’est la raison pour laquelle le Secrétariat général de la FMH dispose d’un domaine dédié à la santé publique, lequel a notamment joué un rôle essentiel durant la pandémie. La FMH n’était pas présente de manière proactive dans les médias en publiant des articles spécialisés, mais elle était en lien permanent avec les autorités compétentes, prête à intervenir au besoin. La FMH bénéficie également d’un vaste réseau de par son affiliation aux organisations médicales européennes et mondiales.

Perspectives européennes

La santé publique est constamment à l’ordre du jour du Comité permanent des médecins européens (CPME). Les sujets de santé publique évoqués ci-après ont été discutés lors de l’assemblée officielle de fin octobre 2025 à Athènes.

Il a été question de taxer les produits du tabac et les dérivés du tabac, autrement dit tous les produits qui contiennent de la nicotine et entraînent une dépendance, y compris les analogues synthétiques de la nicotine. Les organisations professionnelles européennes se sont basées sur les normes de la convention- cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, qui a été ratifiée par tous les États européens à l’exception de la Suisse. Sa non-ratification pourrait être synonyme pour la Suisse, et plus précisément pour Genève, de perte du siège mondial de l’OMS, sans compter qu’il serait possible d’éviter chaque année des coûts de santé qui se chiffrent en milliards. D’une part, le Conseil fédéral impose un budget global sans base légale et de l’autre, il laisse exploser les coûts à hauteur de plusieurs milliards en raison de mesures de prévention qui ne sont pas mises en oeuvre. Les dernières votations populaires ont montré que la population était d’un autre avis. Une des raisons qui explique que les coûts de la santé sont plus élevés en Suisse que chez nos voisins européens est donc politique. Les organisations de médecins européens, y compris la Suisse, ont clairement pris position à ce propos à Athènes.

Les troubles liés aux addictions sans substances, telles que la dépendance aux jeux d’argent et aux jeux vidéos, faisaient également partie des sujets prioritaires. Il faut dire que la FMH est précurseure dans ce domaine puisqu’elle propose depuis le début du programme « PEPra – Soutien pour la prévention au cabinet médical » le module « Dépendance aux jeux et à l’internet ». Une formation continue que je ne peux que recommander à tous mes collègues.

Le point suivant portait sur le cadre opérationnel pour la mise en place de systèmes de santé résilients face aux changements climatiques. À la demande de la Chambre médicale, la FMH a mis en place une stratégie sur le changement climatique afin de faire écho aux évolutions en cours en Allemagne et en Autriche et de répondre à la demande de la jeune génération de médecins. Les effets des vagues de chaleur qui impliquent d’adapter les traitements médicamenteux, notamment en cas d’hypertension, sont bien documentés. Là aussi, il vaut la peine de consulter le site internet de la FMH pour en apprendre davantage.

Sous le mot-clé « Medicine under Attack » (MUA), il a été question de la forte dégradation des conditions de travail du personnel de santé dans le contexte des conflits armés. La délégation britannique a présenté des données à ce sujet : selon la centrale d’alerte, le nombre de professionnelles et professionnels de santé tués dans des conflits armés a augmenté de 21 % entre 2023 et 2024 et depuis 2024, plus de 900 personnes sont décédées, mais le nombre réel de victimes n’est pas connu. Les conflits internes sont particulièrement problématiques, car les dispositions de protection applicables relèvent du droit international. Dans ce domaine aussi, la Suisse joue un rôle particulier, car elle abrite le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et est dépositaire des Conventions de Genève.

Le dernier sujet traité concernait les fausses informations médicales diffusées intentionnellement notamment via les réseaux sociaux. Il n’existe pour l’heure pas encore de véritable solution pour lutter contre ce phénomène, même si les premières initiatives à l’échelle européenne sont en cours d’implémentation. Ce sujet sera approfondi lors des prochaines séances en 2026.

Et en Suisse ?

Vous trouverez à la page 8 un aperçu intéressant des chiffres et des faits publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS) sur la santé publique en Suisse. À la page 18, vous trouverez un article consacré au programme PEPra, une offre de la FMH et de ses partenaires, réalisée en collaboration avec la Fondation Promotion Santé Suisse, qui témoigne de la réussite des efforts entrepris en matière de santé publique et de prévention dans les cabinets médicaux. À la page 22, vous trouverez un article sur la résistance aux antibiotiques. Enfin, vous pourrez lire une prise de position de Thomas Steffen, président de Santé publique Suisse (page 26), et de Thomas Mattig, de Promotion Santé Suisse, qui expose son point de vue en page 28.

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