En adoptant en 1931 une réglementation uniforme de la formation postgraduée à l’échelle nationale, la FMH s’est dotée d’un instrument déterminant de politique professionnelle. Elle définissait les conditions d’obtention des titres de spécialiste et encadrait de manière centralisée la formation postgraduée des médecins [1].
L’octroi des autorisations de pratiquer demeurait la compétence légale des cantons. Ceux-ci reconnaissaient automatiquement les titres de spécialiste délivrés par la FMH, sans pour autant disposer d’un droit formel leur permettant de participer à leur définition. Dès les décennies suivantes, il est apparu que ce contrôle exclusif de la formation postgraduée ne resterait pas incontesté politiquement [2].
La question des spécialistes
À cette époque, la définition et la reconnaissance des titres de spécialiste ne relevaient pas seulement de critères techniques, mais aussi d’enjeux de politique professionnelle. Le catalogue des spécialisations était source de tensions : certains médecins se présentaient comme spécialistes de maladies précises, alors même que celles-ci n’étaient pas reconnues comme disciplines à part entière. En 1931, la FMH a expressément posé le principe selon lequel les disciplines devaient porter sur des groupes de maladies et non sur des maladies prises individuellement [3].
Pour porter un titre de spécialiste, il fallait justifier d’une période d’assistanat de deux à quatre ans dans la discipline concernée et être membre de la FMH. Au départ, aucune attestation ni aucun examen n’était requis. Ce n’est qu’à partir de 1939 que des justificatifs furent exigés ; l’examen de spécialiste ne sera généralisé à toute la Suisse qu’en 1992 [4, 5].
Le contrôle de la formation postgraduée est ainsi resté, pendant des décennies, un élément central de la politique professionnelle de la FMH.
De nouveaux acteurs
Le développement des infrastructures hospitalières et la professionnalisation croissante ont modifié la structure même du corps médical. La durée de l’assistanat s’est nettement allongée. En 1945, elle était passée de trois ans en moyenne à sept ans et demi, voire huit ans [5].
L’Association suisse des médecins- assistants a été fondée la même année, à laquelle se sont joints les chefs de clinique en 1971, donnant naissance à l’actuelle Association suisse des médecins- assistant.e.s et chef.fe.s de clinique (asmac) [6]. Cette évolution a marqué un tournant : aux côtés des médecins installés, longtemps dominants dans la politique professionnelle, les médecins salariés se sont affirmés comme un groupe d’intérêt à part entière [7].
Au sein de la FMH, leur participation est d’abord restée limitée. Les médecins-assistants ne pouvaient être admis que comme membres extraordinaires, sans droit de vote ni d’éligibilité, et les sociétés cantonales de médecine restaient elles aussi fortement orientées vers les médecins installés [8, 9].
Tensions et besoin de réforme
Le nombre croissant de médecins hospitaliers, de sociétés de discipline médicale et d’acteurs universitaires ont confronté la structure de la FMH à de nouvelles attentes. Les sociétés de discipline menaient leur propre politique professionnelle et estimaient parfois que leur participation au sein des structures existantes était insuffisante. Parallèlement, les pressions extérieures se sont accentuées : les facultés et la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé (anciennement Conférence des directeurs des affaires sanitaires, CDS) débattaient elles aussi des questions de formation postgraduée et menaçaient d’introduire leurs propres réglementations [1].
Le modèle en place, qui reposait sur la compétence réglementaire exclusive de la FMH et sur la responsabilité cantonale en matière d’autorisation de pratiquer, s’est retrouvé de plus en plus au coeur de tensions entre intérêts politiques et institutionnels. La fin des années 60 a été marquée par un besoin de réforme.
Passage à une nouvelle phase
En 1971, le corps médical avait déjà profondément changé. Les médecins installés n’étaient plus les seuls à porter la politique professionnelle ; les médecins salariés avaient gagné en influence. Avec l’organisation commune des médecins-assistants et des chefs de clinique, une nouvelle voix s’est imposée au sein de la profession.
La période de 1931 à 1971 fut ainsi marquée par deux évolutions parallèles : d’une part, la FMH a consolidé son rôle dans la formation postgraduée et les spécialisations ; d’autre part, les rapports de force au sein du corps médical ont changé en profondeur. Dans les décennies suivantes, cette dynamique a conduit à des réformes structurelles qui marqueront durablement l’organisation de la FMH.
Les articles consacrés aux 125 ans de la FMH se basent sur les recherches de l’Institut d’histoire de la médecine de l’Université de Berne : Bürgin D, Hächler S. 125 Jahre FMH – Ein
Ärzteverband im steten Wandel, 2026. Accessible (en allemand) à l’adresse : https://www.img.unibe.ch/forschung/online_publikationen/index_ger.html