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Un diagnostic précis pour des traitements ciblés

Les douleurs dorsales comptent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en médecine de premier recours. Lors du « Médecine interne Update Refresher » du FOMF, le Dr Heino Prillwitz, spécialiste de la douleur, a présenté la démarche diagnostique et les options thérapeutiques, en particulier pour les causes non inflammatoires.
Simon Maurer

Simon Maurer
Journaliste et cand. méd., Université Lucerne/Zurich

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Les exercices statiques du tronc constituent une mesure simple et accessible pour lutter contre la perte musculaire liée à l’âge.

Les conséquences sont lourdes pour l’économie comme pour les personnes concernées : selon une enquête représentative menée par la Ligue suisse contre le rhumatisme, environ 4,1 millions de personnes en Suisse sont limitées dans leur quotidien par des douleurs dorsales [1]. Selon une étude récente de l’Office fédéral de la santé publique, les douleurs musculosquelettiques coûtent chaque année neuf milliards de francs à l’économie suisse [2]. Cela s’explique notamment par les nombreuses incapacités de travail et par le recours fréquent aux consultations médicales.

Le problème est que seules 15 % des douleurs dorsales peuvent être attribuées à des lésions structurelles. Dans environ 85 % des cas, la cause reste non spécifique [3]. Pour le Dr Heino Prillwitz, spécialiste de la douleur au Rheumatologisches Versorgungszentrum de Weinfelden (Thurgovie), cet écart entre symptôme et cause constitue l’un des aspects centraux du problème.

Une lacune diagnostique majeure

« Nous parlons beaucoup de thérapie, mais trop peu du diagnostic précis », a expliqué l’expert. Souvent, la douleur est traitée sans que sa cause ait été clairement identifiée. Le rhumatologue commence toute démarche diagnostique par une question fondamentale : s’agit-il d’un processus inflammatoire ou non inflammatoire ? Les implications thérapeutiques sont alors fondamentalement différentes. Alors que les maladies inflammatoires peuvent aujourd’hui être traitées par des biothérapies, les formes non inflammatoires relèvent surtout d’approches fonctionnelles et mécaniques. Selon l’expérience de H. Prillwitz, environ 90 % des cas appartiennent à cette dernière catégorie.

Pour établir cette distinction de manière fiable, le rhumatologue privilégie une anamnèse approfondie plutôt que des examens d’imagerie. L’évolution des symptômes au cours de la journée, leur caractère, leur périodicité et leur intensité sont déterminants. Un réveil nocturne, notamment entre deux et trois heures du matin, ainsi que des douleurs qui s’aggravent au repos et s’améliorent avec le mouvement plaident plutôt pour un mécanisme inflammatoire. En revanche, si la douleur s’améliore au repos et s’accentue au fil de la journée avec l’activité, une cause biomécanique est plus probable. Pour H. Prillwitz, ces caractéristiques cliniques sont souvent plus révélatrices qu’une IRM normale, parfois réalisée en position de décharge et ne reflétant que partiellement les troubles fonctionnels et biomécaniques.

Définir clairement le rôle de la physiothérapie

S’agit-il d’un syndrome lombo-spondylogène chronique, d’une douleur facettaire, d’une dysfonction sacro-iliaque, d’une symptomatologie radiculaire ou d’un syndrome myofascial ? L’examen clinique avec des tests de provocation, notamment au niveau des articulations facettaires lombaires, est déterminant, tout comme le recours, si nécessaire, à un diagnostic interventionnel ciblé.

Dans certains cas, H. Prillwitz recommande des infiltrations ciblées sous guidage radiologique (amplificateur de brillance ou échographie), à visée diagnostique plutôt que thérapeutique. L’injection précise d’un anesthésique local, par exemple dans une articulation facettaire, une racine nerveuse ou l’articulation sacro-iliaque, permet de vérifier si les symptômes s’atténuent immédiatement et de manière reproductible. En l’absence d’effet, l’injection est réalisée au niveau d’une autre structure potentiellement responsable de la douleur. L’objectif n’est pas de réduire la douleur de manière non spécifique par des corticoïdes, mais d’en identifier précisément la source. Une fois la structure responsable clairement identifiée, le diagnostic peut être posé et la physiothérapie orientée de manière ciblée.

Selon l’expert, une orientation claire de la physiothérapie est indispensable. Concrètement, la physiothérapie vise le renforcement de la musculature autochtone du dos, l’amélioration de la stabilité segmentaire et, selon les résultats, l’étirement de groupes musculaires raccourcis, par exemple les muscles ischio-jambiers. La mise en oeuvre physiothérapeutique est laissée aux thérapeutes, mais les objectifs sont définis par le médecin. L’essentiel est que médecin et physiothérapeute travaillent sur la même hypothèse et poursuivent le même objectif.

L’essentiel est que médecin et physiothérapeute travaillent sur la même hypothèse et poursuivent le même objectif.

Un entraînement suffisamment intense

Outre l’apparition de nouvelles pathologies ayant des implications thérapeutiques, les conséquences de la perte musculaire liée à l’âge sont souvent sous-estimées. À partir de 30 ans, la masse musculaire diminue d’environ 1 % par an, alors que les sollicitations quotidiennes restent généralement les mêmes. Chez les personnes âgées de 50 à 60 ans, cela correspond à une perte de 20 à 30 % de masse musculaire fonctionnelle, alors que la charge mécanique quotidienne reste inchangée. Pour H. Prillwitz, cela constitue une explication plausible de l’instabilité segmentaire, de la surcharge des articulations facettaires et des syndromes douloureux lombaires chroniques. Le collapsus biomécanique qui en résulte s’explique moins par un processus dégénératif que par une décompensation fonctionnelle.

Le renforcement musculaire n’est donc pas, selon lui, une mesure additionnelle mais une thérapie de base. Comme mesure simple et accessible, le spécialiste de la douleur recommande des exercices statiques du tronc, par exemple la planche (planking), maintenue pendant 90 à 120 secondes, à répéter trois à cinq fois avec une minute de pause entre chaque répétition. L’essentiel est que l’entraînement soit suffisamment intense, « ça doit brûler », car les mouvements du quotidien ou les promenades ne remplacent pas un entraînement musculaire structuré. Le pronostic à long terme dépend en grande partie de l’implication de la patiente ou du patient.

Les stéroïdes ne sont pas des antalgiques

Outre le grand groupe des douleurs mécaniques et fonctionnelles, les maladies inflammatoires, en particulier chez les personnes âgées, ne doivent en aucun cas être négligées. Le Dr Prillwitz attire notamment l’attention sur la polymyalgia rheumatica (PMR), qui touche typiquement des patients âgés de plus de 50 ans, avec un pic entre 60 et 70 ans, et concerne plus souvent les femmes que les hommes. Cliniquement, les douleurs touchent surtout la ceinture scapulaire, la colonne lombaire et la musculature des cuisses, et provoque une raideur musculaire marquée. Dans environ 40 à 50 % des cas, la maladie est associée à une vascularite des gros vaisseaux. Sur le plan diagnostique, la PMR repose avant tout sur le diagnostic clinique, car il n’existe pas de marqueurs sérologiques ni d’anticorps spécifiques. La PMR est souvent confondue avec des douleurs mécaniques banales et traitée comme telles. Un bilan biologique standard avec dosage des paramètres inflammatoires, bien que non spécifiques, est indispensable.

À la différence des douleurs musculosquelettiques d’origine mécanique ou fonctionnelle mentionnées plus haut, l’expert considère que l’utilisation diagnostique et thérapeutique de stéroïdes systémiques à une dose initiale de 15 à 20 mg par jour est justifiée dans les maladies inflammatoires. Des doses initiales supérieures à 50 mg doivent être évitées, car elles pourraient masquer des pathologies malignes ou des vascularites, par exemple. Une amélioration significative des symptômes cliniques, accompagnée d’une normalisation des paramètres inflammatoires en quelques jours, plaide fortement en faveur du diagnostic. En se référant à la recommandation allemande S2e préconisant une durée de traitement de six à douze mois, l’expert applique souvent un schéma de réduction progressive de la corticothérapie systémique sur environ douze mois, avec diminution mensuelle des doses [4].

En conclusion, le Dr H. Prillwitz a appelé à faire preuve de persévérance dans la recherche du bon diagnostic. Des hypothèses claires, une anamnèse ciblée, des interventions diagnostiques et des approches thérapeutiques actives sont essentielles pour démystifier les douleurs dorsales, et pour mieux les traiter.

Correspondance

[email protected]

Source

Herausforderung Schmerztherapie in der Rheumatologie ; FOMF Médecine interne Update Refresher, Zurich et en ligne, 11 décembre 2025 (en allemand)

Littérature

  1. Ligue suisse contre le rhumatisme. Rapport sur le dos Suisse 2011
  2. Stucki M, et al. Kosten der übertragbaren und nichtübertragbaren Krankheiten sowie Kosten der Risikofaktoren Übergewicht/Adipositas und Bewegungsmangel in der Schweiz. 2025 (en allemand, avec résumé en français)
  3. Ligue suisse contre le rhumatisme. Rapport sur le dos Suisse 2020
  4. Buttgereit F, et al. S2e-Leitlinie zur Behandlung der Polymyalgia rheumatica : Update 2024. Z Rheumatol. 2025 ; 84(6) : 494-505